L’IA dans la guerre : « Le cas le plus critique concerne la prise d…

Une actualité relayée par Next INpact concerne : l’IA dans la guerre : « Le cas le plus critique concerne la prise de décision militaire ».

Ici Sébastien, si vous écoutez ce message, vous êtes la résistance
L’Ukraine, maintenant l’Iran : l’intelligence artificielle est utilisée par les armées dans les guerres. Rien de nouveau pour autant, ni de surprenant finalement. Le cas du trio Anthropic, OpenAI et Trump n’est que la dernière polémique sur le sujet. La France n’est d’ailleurs pas en reste quand il s’agit d’intégrer de l’IA dans ses armées et armes.

« La violence s’arme des inventions des arts et des sciences pour combattre la violence ». Cette phrase est attribuée à Carl von Clausewitz, un officier général et théoricien militaire prussien mort en 1831, reprise en introduction d’un rapport d‘information sur l’irruption de l’intelligence artificielle dans les ingérences étrangères mis en ligne en décembre dernier.

200 ans plus tard, elle est toujours d’actualité, avec la dernière invention des sciences : l’intelligence artificielle générative. Plus qu’une invention, c’est plutôt la puissance de calcul des GPU modernes qui a permis son émergence.

Ce même rapport ajoute que, « autrefois apanage des geeks, l’intelligence artificielle est aujourd’hui un instrument incorporé à la panoplie des outils de la guerre cognitive, informationnelle et cyber ». Et c’est peu de le dire, comme nous allons le voir au travers de messages et déclarations de généraux et autres hauts responsables.

La France doit réussir le virage de l’intelligence artificielle de combat

Pour le général Jérôme Bellanger (chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’Espace), nous « devons réussir le virage de l’intelligence artificielle (IA) de combat ». Auditionné en octobre 2025, il ajoutait que le premier pays à disposer d’un centre de commandement et de contrôle (C2) « centré sur la donnée définira les règles du jeu ». Il souhaite donc faire des bases aériennes de l’armée de l’air des « hubs de la data, acculturer les aviateurs et développer les cas d’usage ».

Pour Claude Chenuil, ingénieur général de 1re classe de l’armement et représentant du groupe de travail « drones » du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat), « l’intelligence artificielle offre de nouvelles possibilités, dont nous ignorons où elles mèneront, mais qu’il nous faut explorer ». Toutes les pistes doivent donc être explorées.

Bertrand Rondepierre, directeur de l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (Amiad), soutient que « l’IA ne constitue pas un effet de mode ». Elle est là pour durer et, d’un point de vue technologique, elle représente une véritable rupture, c’est un « « game changer » comme l’indique le ministre, dans l’intégralité des applications qui intéressent les armées, les directions et les services ».

« Dans mes fonctions, je pars du principe que tout ce que l’on imagine envisageable aura bien lieu », explique le directeur de l’Amiad. Il ne tourne pas autour du pot : « ma mission essentielle consiste à faire en sorte que l’intelligence artificielle soit une réalité pour les armées, les directions et les services, pour leur permettre de mieux accomplir leur mission ». Mais de quoi parle-t-on et où en était-on exactement ?

L’IA et les drones, le mariage « parfait »… les robots arrivent

Dans un rapport d’information de début 2025 sur les enjeux et perspectives de l’économie de guerre, l’Assemblée nationale explique que les drones, « très utilisés en Ukraine ou au Proche-Orient, reposent de plus en plus sur l’intelligence artificielle et offrent de nouvelles stratégies opérationnelles ». Conséquence directe : « Nous devons investir pleinement ce champ et maintenir notre capacité à anticiper ces menaces ». Les menaces sont déjà réelles avec des incursions de drones dans l’espace aérien de pays européens.

Le général d’armée aérienne Fabien Mandon, alors chef de l’état-major particulier du président de la République française, va plus loin : « Au-delà des drones, l’intelligence artificielle, ensuite, est devenue une réalité ». Il en profite pour rappeler l’importance des données : « Nous devons passer à une échelle supérieure, ce qui implique une évolution des critères que nous posons aux industriels. Il nous faut des architectures ouvertes pour pouvoir récupérer les données des systèmes de combat, les agréger et les exploiter grâce à l’intelligence artificielle. Comme ces domaines évoluent très vite, nous ne devons pas être prisonniers d’un système qui ne bénéficierait pas des améliorations futures ».

« Nos drones vont avoir de nouveaux capteurs pour améliorer notre compréhension du terrain, améliorant notre renseignement et, dès l’an prochain, la DRM [Direction du renseignement militaire, ndlr] a une priorité d’intelligence artificielle qui augmentera notre capacité d’analyse », expliquait le général en novembre dernier.

Du côté défensif, Alexandre Houlé, directeur de la stratégie de Thales, parle de « radars intégrant l’intelligence artificielle pour pouvoir repérer les très petits objets comme les drones ». Il évoque notamment des détections rapides des mini-drones tels que ceux utilisés en Ukraine.

Pierre Schill, général d’armée et chef d’état-major de l’armée de Terre, rappelle que « les quatre dernières années ont vu l’essor des drones aériens de combat ». Il prévoit que « les prochaines années verront la maturation des drones terrestres. C’est le sens de l’initiative Pendragon, avec l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense (Amiad) ».

Objet : doter l’armée de Terre d’une unité robotisée d’ici à l’été 2026. « La robotisation terrestre devrait être une révolution culturelle et tactique que l’armée de Terre entend anticiper et exploiter ». L’objectif n’est pas de remplacer les soldats, mais de « les assister, réduire leur exposition et renforcer leur efficacité sur le terrain », explique l’Armée de Terre.

Mirage 2000, canons de 20 mm : c’est dans les vieux pots…

Auditionné en octobre 2025, Fabien Mandon, qui venait tout juste d’être nommé chef d’état-major des armées, se faisait l’écho d’une étude de la Marine nationale montrant que sur la question des écoutes, « les outils de l’IA permettaient de traiter bien plus d’informations : on ne va pas diminuer le nombre de postes, mais on traitera bien plus de signaux et on aura bien plus de moyens d’analyse ». C’est évidemment un cas d’usage classique et qui n’a pas attendu l’arrivée des IA génératives, mais il y en a tellement d’autres.

Lors d’une autre audition, Fabien Mandon, rappelait que l’armée de Terre avait « proposé d’adapter de vieux canons de 20 mm avec un peu d’intelligence artificielle et des systèmes de visée rustiques ». Pour le général, ce genre d’initiative est à encourager.

Le général Jérôme Bellanger (chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’Espace) expliquait par exemple que « le Mirage 2000D est un avion des années 1980 avec un système des années 1990 ; pourtant, il est en train de devenir notre banc d’essai pour l’IA embarquée ». D’ici 2030 à 2035, des « ruptures technologiques » sont prévues avec le Rafale au standard F5 et le missile nucléaire de quatrième génération.

Il affirme que « l’avenir est aux architectures ouvertes », et donc optimisables selon les besoins opérationnels, un modèle qu’il souhaite imposer aux industriels. « Pour maintenir des systèmes de combat à la page, nous avons besoin de deux choses : pouvoir accéder librement à la donnée générée par nos systèmes et implémenter rapidement des évolutions logicielles, notamment à base d’IA, en fonction de notre besoin opérationnel ». L’arrivée de l’IA entraine des changements tangibles : « nous avons modifié notre expression de besoin pour le Rafale standard F5 ».

Pierre Schill, général d’armée, rappelle l’existence d’un Data Hub de l’Avant (DHA), « un cloud tactique déployé au niveau des postes de commandement, conçu pour agréger, traiter et distribuer des données issues de capteurs, de systèmes de combat et de renseignement, en temps réel, vers les éléments de contact, en exploitant notamment des outils d’intelligence artificielle ».

Bruno Durand, président du métallurgiste Aubert et Duval, évoque quant à lui le fait que les simulations menées par IA leur ont permis de multiplier par trois leurs cadences de production pour le canon Caesar.

Le général de division aérienne du corps des officiers de l’air Guy Girier affirme que « l’IA figure au cœur de nos préoccupations, depuis longtemps » et qu’elle « joue également une place très importante » dans le renseignement. L’un des enjeux clés de l’intelligence artificielle « concerne la gestion en masse des données de renseignement, pour pouvoir apporter des analyses les plus pertinentes, au bon niveau ».

« Intégration de l’IA dans des processus d’aide à la décision »

Il y a un an, Jean-Marie Cavada, président de l’Institut des droits fondamentaux numériques (iDFRights) et député européen honoraire, rappelait que l’évolution des stratégies militaires pouvait être importante à l’avenir, avec un changement important sur la physionomie des combats :

« devrait être-t-il encore nécessaire, dans les années à venir, de déployer des forces armées sur les continents pour assurer la défense nationale ou l’expansion géopolitique, telles que nous les connaissons aujourd’hui ? Plusieurs technologies émergentes permettent déjà de limiter l’engagement des vies humaines tout en assurant la soumission des adversaires ».

L’intelligence artificielle, que ce soit sur le plan informationnel ou militaire, est déjà présente. Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique, met les pieds dans le plat : « La véritable nouveauté réside aujourd’hui dans l’intégration de l’IA dans des processus d’aide à la décision, y compris dans des domaines longtemps considérés comme inaccessibles aux machines ».

Il fait un parallèle avec la robotique : « Lorsqu’on a introduit la robotique, on pensait qu’elle concernerait d’abord les tâches les plus simples, les plus répétitives et les moins qualifiées. Beaucoup ont cru qu’il en irait de même pour l’IA. Or, cet outil s’introduit désormais dans des sphères hautement stratégiques et décisionnelles ».

IA et nucléaire : pas un bon mélange des genres !

Henri Seydoux, patron de Parrot (société de drones), revient sur la question existentielle des armes autonomes et de l’IA, des sujets éminemment politiques : « L’ONU a ainsi documenté une attaque d’un drone turc entièrement autonome en Libye ».

Le député Frank Giletti (Rassemblement national) relève que « l’intelligence artificielle, et plus précisément l’apprentissage par renforcement, est désormais mature pour des applications concrètes, comme en témoigne la récente démonstration de combat autonome réalisée aux États-Unis avec le X-62 VISTA ».

Lors d’une audition, le sénateur Pascal Allizard (Les Républicains) rappelait qu’en matière de défense (comme ailleurs pouvons-nous ajouter), « il suffit de biaiser un peu le système d’une arme, pour la rendre inefficace ». C’est une vraie inquiétude selon le sénateur, à tel point que dans l’armée et la marine, « on revoit des militaires apprendre à tirer et à naviguer aux instruments, comme à la grande époque… ».

Henri Seydoux en appelle aux démocraties qui doivent comprendre la « nécessité d’interdire les armes autonomes, au même titre que les gaz de combat ont pu être interdits depuis la première guerre mondiale. Des traités internationaux doivent agir en ce sens, afin qu’une intelligence humaine soit toujours intégrée dans la boucle de décision ».

Pour Bernard Benhamou, le danger est de tomber dans une « confiance excessive et parfois aveugle » à ces nouvelles technologies. « Une forme de suivisme s’installe, conduisant certains à se fier sans discernement aux avis des IA, y compris dans des domaines où elles ne devraient pas être utilisées. Le cas le plus critique concerne la prise de décision militaire ».

Quand on parle de décisions hautement stratégiques, cela remonte tout en haut de la chaine : « Certains experts, y compris parmi les plus technophiles, mettent en garde contre toute tentation d’intégrer l’IA dans les processus décisionnels liés à l’usage de l’arme nucléaire ».

Pour conclure sur ces sujets, le général Jérôme Bellanger (chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’Espace) expliquait en octobre 2025 que « si la guerre commence ce soir, il faudra innover avec l’existant, en se concentrant sur le MCO [maintien en conditions opérationnelles, ndlr] et les munitions ; si elle commence dans trois ans, la victoire dépendra de la façon dont nous aurons su amorcer les changements sur la défense sol-air et notamment la LAD, la Sead, la THA, l’espace, le C2 et les architectures numériques ».

Investissements, recherches : il faut savoir « prendre des risques mesurés »

Dans un rapport d’information sur les enjeux et perspectives de l’économie de guerre, Jean-Michel Jacques, président de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, rappelle :

« L’intelligence artificielle est un levier incontournable pour la Défense. Avec un budget de 2 milliards d’euros d’ici 2030 et la création de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD), la France investit massivement pour garantir sa souveraineté technologique et son avantage stratégique. L’IA optimise la maintenance des équipements, améliore la logistique, et révolutionne l’entraînement militaire grâce à la simulation avancée. En renseignement, elle accélère la prise de décision et renforce la cyberdéfense ».

Selon le rapport, investir dans l’IA, « c’est garantir une avance stratégique et maximiser l’efficacité opérationnelle ». Parmi les priorités citées, on retrouve les domaines des drones, des armes à énergie dirigée, l’intelligence artificielle et le quantique… « quitte à prendre des risques mesurés », lâche Éric Malbrunot, vice-amiral d’escadre et sous-chef d’état-major « plans » de l’état-major des armées.

Preuve que le sujet est important, Bertrand Rondepierre (directeur de l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense, Amiad) rappelle qu’un « patch IA a été intégré dans l’exercice de la loi de programmation militaire (LPM) 2024 – 2030 ».

Le secteur privé aussi met la main à la poche, comme le rappelait le général Guy Girier : « Airbus investit sur fonds propres environ 3,5 milliards d’euros par an dans la recherche » sur l’innovation et l’intelligence artificielle. Alexandre Houlé, directeur de la stratégie de Thales, affirme de son côté déployer 4 milliards d’euros d’investissements en R&D, avec 5 milliards d’euros à l’horizon 2030, « notamment pour nous renforcer dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité ».

Source : Next INpact

Cet article est une synthèse basée sur des informations publiques. Consultez la source originale pour l'article complet.

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