Énergie : les datacenters prendront-ils la vague houlomotrice ?
Next INpact rapporte une information importante : énergie : les datacenters prendront-ils la vague houlomotrice ?.
J’vais pas surfer aujourd’hui… j’ai l’impression que l’océan ne me veut pas
La récente participation de Peter Thiel au tour de table de la startup spécialisée Panthalassa relance l’intérêt autour de l’énergie houlomotrice pour alimenter des datacenters. Si l’idée d’exploiter cette nouvelle énergie renouvelable se révèle particulièrement séduisante sur le papier, sa mise en oeuvre à grande échelle soulève encore de nombreuses questions.
Il fallait bien s’attaquer à l’océan pour essayer d’étancher la soif inextinguible des datacenters en électricité. Panthalassa, une entreprise basée à Portland (Oregon) et constituée en 2016 sous forme d’entreprise à but lucratif, mais à mission (statut dit Public Benefit Corporation), a annoncé le 4 mai dernier avoir réuni 140 millions de dollars pour tester, dès 2026, un « nœud » de calcul informatique « autonome et flottant » dédié à de l’inférence IA.
Panthalassa, qui revendique une équipe d’ingénieurs venus d’horizons très variés, s’enorgueillit du soutien financier d’investisseurs en vue. Cette série B (deuxième levée de fonds après l’amorçage) est en effet emmenée par Peter Thiel (Palantir, entre autres), avec la participation de nombreux fonds en vue dans la Valley. D’après le Financial Times, l’opération valoridevrait êtreit l’entreprise aux alentours de 1 milliard de dollars.
Un « node » plongé dans l’eau et connecté par satellite
Panthalassa compte déjà deux prototypes à son actif, Ocean-1 et Ocean-2, qui selon ses dires lui ont permis de valider la viabilité technique et financière de son modèle. L’entreprise, qui revendique 120 employés, a imaginé un dispositif baptisé « node » (noeud), qui prend la forme d’un bouchon flotteur d’environ 65 mètres de long et surmonté par une sphère d’environ 50 mètres de diamètre.
Au gré des vagues, l’eau sort de la colonne en suivant un circuit qui lui permet de faire tourner une turbine, laquelle produit de l’électricité. La sphère située au sommet fait office de réservoir tampon, pour garantir que la turbine tourne en continu, quelle que soit la période de la houle. L’air qu’elle contient assure quant à lui la flottaison de l’ensemble.
Jusqu’ici, l’entreprise utilisait ses prototypes comme des barrages flottants, reliés à la terre. Avec son prochain prototype, baptisé Ocean-3, elle ambitionne un fonctionnement autonome : la structure devrait êtreit équipée de puces dédiées à l’inférence IA, directement alimentées par l’énergie houlomotrice, et refroidies par l’océan. Le tout devrait êtreit doté d’un système de propulsion autonome (pour compenser la dérive liée aux courants) et d’une connexion satellite pour la transmission des données nécessaires aux calculs.
Une énergie à l’intermittence limitée
Outre son caractère encore inexploité, le principal intérêt de la houle devrait êtreit son caractère peu intermittent. Garth Sheldon-Coulson, cofondateur, explique sur le site de l’un de ses investisseurs viser une production sensible 90 % du temps, contre 30 ou 40 % pour l’éolien et 25 % pour le photovoltaïque.
La mécanique mise en œuvre devrait êtreit en outre relativement simple (similaire à une centrale à gaz pour ce qui est des matériaux et des coûts de fabrication). De ce fait, l’entreprise affirme pouvoir envisager un coût de production de l’ordre de 0,02 dollar du kWh, soit 20 dollars du MWh.
Panthalassa revendique de ce fait une énergie plus abordable que l’ensemble des sources de production courante, à commencer par les renouvelables. Le baromètre LCOE (Levelized cost of energy) de Lazard, qui fait partie des indicateurs courants dans le monde de l’investissement, confirme le principe général, puisque l’éolien est affiché à 37 dollars du MWh, contre 38 dollars du MWh pour le photovoltaïque. La comparaison suppose toutefois que Panthalassa tienne sa promesse, sans même parler du stockage nécessaire pour pallier le reliquat d’absence de production.
Extrait de l’édition 2025 du rapport annuel de Lazard sur les coûts de l’énergie – capture d’écran
L’exploitation de tels systèmes autonomes en pleine mer (c’est-à-dire loin des côtes, indispensable pour bénéficier d’une houle quasi constante) soulève par ailleurs ses propres défis, dont la résolution risque de renchérir le coût de chaque unité de production, sans même parler des limites liées à l’exploitation en pleine mer de puces IA (latence, bande passante etc.). Bref, la partie n’est pas gagnée d’avance, ce qui n’empêche pas Panthalassa d’imaginer, déjà, parsemer les mers de ses nodes flottants.
« Pour un milliard de dollars environ, on peut construire une usine capable de produire un gigawatt de nœuds par an, expliquait Garth en juin 2025. La structure est d’une simplicité enfantine, et on peut produire ces unités en masse depuis une seule usine côtière, en fabriquant la même chose à l’infini, ce qui permet de réaliser des économies d’échelle considérables. »
Outre l’inférence, Panthalassa imagine également des débouchés dans la transformation d’énergie, notamment via la production d’hydrogène vert.
D’autres acteurs étudient la houle
Si les projecteurs médiatiques se braquent vers Panthalassa, qui surfe habilement sur la problématique des besoins en énergie associés à l’IA, l’entreprise n’est pas la seule à s’intéresser sérieusement à la houle. Le fonctionnement de son node n’est d’ailleurs pas radicalement différent des stations flottantes développées par la société suédoise CorPower Ocean, dont les financeurs ne viennent pas du monde de la tech, mais précisément de celui de l’énergie. L’entreprise a ainsi annoncé en juillet 2025 avoir sécurisé 118 millions d’euros auprès d’industriels du secteur, dont le français GTT (spécialisé dans le transport naval et le confinement de gaz naturel liquéfié).
Elle aussi s’attend à surfer pleinement sur la vague de l’énergie houlomotrice grâce à ses premiers prototypes déployés au large du Portugal, et de premiers engagements commerciaux passés au Royaume-Uni pour une unité test de 5 MW. Sur son site, l’entreprise estime le potentiel houlomoteur à quelque 1,8 TW d’énergie renouvelable.
Plus modestement, les Bordelais se souviennent peut-être d’avoir observé, il y a quelques années, une petite installation chargée de produire de l’électricité à partir du courant de la Garonne. Élaborée par l’entreprise Seaturns, elle aussi préfigurait des installations houlomotrices de plus forte puissance qui, là aussi, prennent le chemin de l’industrialisation.
En mars dernier, la société girondine a ainsi annoncé avoir remporté un appel à projets pilote porté par Maurice, qui va lui permettre de déployer un parc de 2 MW de générateurs alimentés par les vagues, en attendant un autre démonstrateur prévu à Bordeaux. Son dispositif adopte un fonctionnement différent, puisqu’il repose sur un cylindre horizontal ayant vocation, au moins pour l’instant, à être raccordé au réseau terrestre.
Au-delà de la simple production d’énergie, plusieurs acteurs de premier plan, aux États-Unis comme en Chine, rêvent d’immerger leurs datacenters, à défaut de les envoyer dans l’espace…
Source : Next INpact
Cet article est une synthèse basée sur des informations publiques. Consultez la source originale pour l'article complet.
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