Chez Prisma Media, jusqu’à 40% des articles et 50% des journalistes…

Une actualité relayée par Next INpact concerne : chez Prisma Media, jusqu’à 40% des articles et 50% des journalistes sont générés par IA.

Grand remplAIcement
« 1er groupe de média digital » en France, racheté par Bolloré en 2021, Prisma Media a formé l’ensemble de ses 400 journalistes à l’IA depuis 2024. Dans le même temps, près d’une centaine d’employés ont été poussés à partir, et un nouveau plan de départ massif de 200 à 250 personnes a pu être annoncé, soit près de 30 % des effectifs du groupe. Dans le même temps, de plus en plus d’articles sont générés par IA.

En avril 2024, Les Échos révélaient que le groupe Prisma Media avait décidé de former l’ensemble de ses 400 journalistes à l’IA d’ici la fin de l’année, au point d’y consacrer 20 % de son budget de formation. En parallèle, Prisma lançait aussi plusieurs projets reposant sur l’IA : rédaction automatique de textes, production de podcasts avec une voix clonée, chatbot pour répondre aux lecteurs, etc.

En avril 2025, Les Échos précisaient que 80 % des journalistes avaient été formés, et qu’un tiers du budget formation y avait été consacré. « On a au moins une centaine d’initiatives à l’échelle du groupe. On essaye d’être au plus près des besoins de chaque métier », expliquait Pascale Socquet, directrice générale de Prisma Media. On y apprenait également qu’« environ 20 % du contenu » du site de Voici.fr était « produit avec l’IA » à partir de dépêches d’agences ou de recettes de cuisine.

À l’époque, Pascale Socquet avait réagi sur LinkedIn, à l’occasion des deux ans de leur Comité IA, soulignant qu’il avait rédigé une charte du bon usage de l’IA, afin d’« encadrer/maitriser notre écosystème », que seuls les sujets « froids » faisaient l’objet d’une « production d’articles assistée par l’IA, avec l’expertise journalistique pour encadrer la pré-écriture par l’IA, sous réserve de maîtriser les sources et la qualité finale » :

« Notre mantra est ancré : « enthousiastes dans l’exploration, prudents dans l’exploitation »

Notre croyance est renforcée : L’IA générative est l’opportunité de créer une vision augmentée du journalisme et de l’ensemble de nos métiers

Nous déroulons notre stratégie : Former, Encadrer, Tester

Prisma Media, Une IA d’avance. »

Produire toujours plus et remplir les sites avec moins de journalistes

Près de deux ans plus tard, le résultat de ces expérimentations relativise, voire semble à rebours, des objectifs initiaux. « « L’impression de trahir les lecteurs » : comment le groupe Bolloré remplace les journalistes par l’IA », titre en effet Marianne. Prisma Media, racheté en 2021 par Vincent Bolloré, et qui se présente comme « le 1er groupe de média digital », a en effet vu les audiences de plusieurs de ses sites chuter en 2024, suite à une modification des algorithmes de Google.

« On nous a expliqué que la boîte n’allait pas bien et qu’il fallait prendre le train de l’intelligence artificielle », explique une rédactrice à Marianne. « On nous l’a présentée comme un outil pour dégager du temps et produire des articles plus qualitatifs. Mais son usage a pu être détourné pour faire des économies, produire toujours plus et remplir les sites avec moins de journalistes », déplore un chef de service.

Certaines rubriques ont ainsi été automatisées, comme les 36 horoscopes quotidiens de Femme Actuelle, certaines recettes et newsletters de Cuisine AZ, Cuisine Actuelle, Croq ou Fourchette & Bikini, plusieurs des marques de Digital Prisma Players, qui regroupe les pure players du groupe, qualifiées de « marques engagées et engageantes », et qui se targuent de « 18M de visiteurs uniques par mois ».

Des quotas d’articles générés par IA, en plus de leurs quotas d’articles quotidiens

Une ancienne rédactrice raconte à Marianne que les rédacteurs devaient produire, en plus de leur quota d’articles quotidiens, des quotas d’articles supplémentaires générés par l’IA, afin de développer une « production de masse » :

« Au début, on ne voulait pas, mais on ne nous a pas laissé le choix : on nous a dit que c’était le seul moyen de sauver le bateau qui coule. La cadence a augmenté de mois en mois. Ensuite, on tombe dans le piège de la facilité et on l’utilise pour d’autres articles. On ne mentionnait pas tout le temps que c’était produit par l’IA alors qu’il y avait souvent des erreurs. »

D’après des statistiques internes mentionnées par Marianne, à Ça m’intéresse, 2 062 articles ont été réalisés avec l’aide de l’IA en 2025, soit 40 % de la production.

De faux profils de journalistes, rédacteurs, coachs ou diététiciennes sont également créés, pour « augmenter » leurs rédactions, et le nombre d’articles mis en ligne. Les noms et images de profil de 8 des 16 rédacteurs de Croq-kilos.com, un site consacré au « rééquilibrage alimentaire », viennent ainsi d’être effacés, et 8 des 18 rédacteurs de deco.fr devrait êtreient eux aussi fictifs.

La moitié des membres de la rédaction de Croq était générée par IA

Prisma va aussi se séparer de près de 30 % des effectifs du groupe

« La clé de compréhension est de replacer l’IA au rang d’outil, qu’il faut appréhender et maîtriser, mais le sens reste entre les mains de celle ou celui qui crée, quel que soit le métier », explique Pascale Socquet, pour qui l’utilisation de l’IA demeure en phase de « tests » et que « rien n’a été généralisé ».

« À l’échelle du groupe, on s’inquiète de cette prolifération qui pourrait aboutir à un remplacement total de l’humain par la machine », avance Marianne. Après deux précédentes vagues de réduction des effectifs depuis 2024, ayant conduit à près d’une centaine de départs volontaires et ruptures conventionnelles, Prisma a en effet annoncé un troisième plan de départ, cette fois-ci massif, de 200 à 250 personnes en décembre 2025, sur un effectif d’un peu plus de 700 salariés (soit près de 30 % des effectifs du groupe), contre un peu plus de 1 200 lors du rachat par Bolloré en 2021.

« L’IA est destructrice d’emplois, évidemment. On est dans un moment de réduction des coûts total, on se dit forcément qu’on va être remplacés », craint Emmanuel Vire, délégué SNJ-CGT. Des propos qu’abonde un coordinateur éditorial du groupe :

« L’usage actuel découle de la baisse des effectifs et des départs successifs. Fatalement, les rédactions s’y mettent parce qu’elles n’ont pas le choix pour maintenir la cadence de publication avec moins de main-d’œuvre. »

« Sans contenu humain, les IA ne seront plus génératives mais dégénératives »

Il y a quatre mois de cela, Pascale Socquet, qui venait d’être élue vice-présidente du Syndicat des Editeurs de la Presse Magazine (SEPM), soulignait pourtant que « si les modèles d’IA ne s’alimentent plus que de contenus synthétiques, ils se condamnent à tourner en boucle » et que « sans contenu humain, les IA ne seront plus génératives mais dégénératives ».

Au même moment, Reworld Media, 3ᵉ groupe média sur le web et les réseaux sociaux et principal concurrent de Prisma, se lançait lui aussi dans la génération d’articles par IA, comme nous le révélions dans une enquête en deux parties.

La première expliquait comment un des sites de Reworld avait « halluciné » l’existence d’une crèche pour poupées « reborn » (sans préciser que sa directrice, Thérèse Dune, est aussi et surtout une actrice porno qui n’a de cesse de chercher à attirer l’attention).

La seconde s’étonnait notamment du fait que nombre des articles générés par IA sur les sites de Reworld Media étaient illustrés par des images de… bras cassés, alors qu’ils sont pourtant censés avoir été relus et corrigés par des employés humains.

Reworld Media hallucine et publie n’importe quoi, mais ce n’est pas à cause de l’IA (1/2)

Du porno à sa « crèche » pour bébés reborn : Thérèse joue avec les médias depuis 25 ans

Dans un article intitulé « Chez Prisma, Laurence Ferrari fait le sale Bollo », Les Jours révélaient par ailleurs la semaine passée que, non contente d’animer « La grande interview » matinale puis la « Punchline » de fin d’après-midi sur CNews et Europe 1, Laurence Ferrari était aussi en charge de la « brutale » reprise en main éditoriale de Prisma Media suite à son rachat par Bolloré :

« Validation, relecture, censure : l’animatrice de CNews et présidente du « JDD » dirige en sous-marin des magazines du groupe. La mise au pas bolloréenne est totale. »

Source : Next INpact

Cet article est une synthèse basée sur des informations publiques. Consultez la source originale pour l'article complet.

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